Åmål

La rivière Nygårdsbäcken qui traverse Åmål
Nygårdsbäcken i Åmål. 5 aug 2013.

C’est dans la ville d’Åmål que j’ai élu domicile pour l’été. Cette municipalité du sud-ouest de la Suède héberge le chef-lieu d’Åmåls kummun, l’une des 49 communes formant le comté de Västra Götaland. La petite ville, qui compte près de 10 000 habitants, s’est développée suite à l’établissement d’un port, en 1640, celui-ci ayant été érigé sur la rive ouest du Lac Vänern. Il me semble intéressant de mentionner que la ville d’Åmål a sensiblement le même âge que la ville de Montréal, cette dernière ayant été fondée en 1642.

À l’instar de Montréal, la commune suédoise produit un festival de blues tous les ans. Cette année, il aura lieu entre le 12 et le 15 juillet. Si mon portefeuille me le permet, j’aimerais beaucoup y assister; je suis curieuse de découvrir l’un des artistes annoncés. Il s’agit de l’américain Corey Harris. Cela dit, les autres performances prévues semblent toutes relativement intéressantes, mais rien ne m’a accroché autant que le son d’Harris.

Malgré qu’Åmål soit une très petite agglomération, l’endroit n’est pas ennuyeux. De façon assez arbitraire, j’aime comparer Åmål à Saint-Sauveur; non seulement le nombre de gens qui y habitent est semblable, mais IMG_6724toutes deux sont des destinations touristiques prisées. Bien que la municipalité suédoise n’accueille pas autant d’hôtels et de motels que celle des Laurentides, plusieurs événements culturels et sportifs y sont organisés et attirent des gens de partout. Par exemple, il y a deux semaines, Åmål a été l’hôte du Predatortour, la plus grande compétition de pêche en Europe. Mon mari y a d’ailleurs rencontré un participant koweïtien, avec qui il a eu l’immense joie de partager un iftar; la compagnie de gens issus de sa culture lui manque terriblement.

De plus, l’activité commerciale est variée; le centrum (centre de la ville) regorge de petits IMG_6730commerces. On y trouve des cafés, un cinéma, des restaurants, un salon de coiffure, un barbier, un bijoutier, un magasin d’articles sportif, des boutiques de vêtements, une librairie, une boutique de cadeaux, un détaillant de peinture, une boutique de décoration intérieure, un centre de vente et réparation d’appareils électroniques et informatiques, un détaillant de peinture et aménagement extérieur, une pharmacie, plusieurs épiceries (dont trois chaînes), un magasin de produits et aliments naturels, un opticien, un détaillant d’appareils électroménagers, etc. Bref, outre les besoins en lien avec des achats spécialisés, le travail ou les études supérieures, on peut très bien fonctionner à l’intérieur d’Åmål, même sans voiture. D’ailleurs, Göteborg, la seconde grande ville de Suède, est facilement accessible en train.

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Ce n’est visiblement pas sans raison qu’Åmål se soit classée parmi les premières, parmi les villes du monde où la vie est le plus agréable, lors de la compétition internationale The International Awards for Liveable Communities. La municipalité est joliment aménagée et ses habitants sont biens vivants et accueillants. En outre, on y retrouve une belle variété culturelle étant donné la forte immigration vers l’Europe. Certains petits commerces appartiennent d’ailleurs à des immigrants qui y travaillent et avec lesquels il fait bon socialiser. Je suis conséquemment très enthousiaste à l’idée de planifier ma vie future dans ce joli coin de pays.

 

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Ma bulle des quatre derniers jours

Je n’ai pas publié de billet dans les quatre derniers jours. Pourquoi? Je ne suis pas certaine; je miserais certainement sur une de ces bulles, à l’intérieur desquelles le temps ne veut plus rien dire pour moi. C’est qu’à l’instar du concept de l’argent, celui du temps n’est pas assez concret pour s’insérer confortablement dans ma réalité. Or, si je ne consacre aucun espace conscient à la mesure du temps, celui-ci me file entre les doigts comme une brise qu’on ne tenterait même pas d’attraper, tellement on porte notre attention sur la sensation que sa caresse nous procure.

C’est donc à 3 heures du matin que je trouve qu’il est approprié de boire un thé en rédigeant un nouveau billet. Je n’ai rien de précis à écrire, mais paradoxalement, j’aimerais partager plusieurs moments agréables qui ont habité mon expérience des 96 dernières heures. Pour faire une histoire courte, j’ai cuisiné, fait mon yoga quotidien, visité ma belle-famille à Mellerud, fait l’épicerie, pris une marche, me suis assise sur le bord d’un petit cours d’eau, chialé contre des oiseaux emmerdeurs aux cris désaccordés, écouté Fahad, mon beau-frère koweïtien de 13 ans qui ne parle pas très bien anglais, m’expliquer comment le Québec a été fondé par la France (je crois qu’il voulait m’impressionner), tenu une conversation vidéo avec ma mère et la sœur de son copain, entamé la série netflixienne « la casa de papel », modifié mon choix de cours pour la session d’automne 2018, fait la vaisselle, dormi, allée aux toilettes… ce genre de trucs qu’on fait tous et qu’on ne mentionne jamais lorsqu’on énumère ce que l’on a fait.

Les retrouvailles avec ma belle-famille ont été agréables et chaleureuses. Nous avons passé la soirée et la nuit en famille, à discuter et à manger. Fahad a organisé un tournoi de Playstation FIFA entre un de ses frères, inexpérimenté à ce jeu, et sa sœur. Comme la tradition familiale oblige le respect de ses frères et sœurs aîné.e.s, Fahad a choisi d’humilier son grand frère sous le couvert de ce subterfuge. On a bien ri quand il s’est avéré que c’est Mohammad qui l’a remporté! Fahad a ensuite voulu défier son frère vainqueur lui-même, s’obstinant à voir le joueur débutant se faire honteusement aplatir. Le pauvre petit faiseur de trouble arrogant a terminé la partie avec des larmes sur ses joues quand, après  avoir constaté sa défaite imminente, je lui ai demandé, par pure rhétorique, s’il gagnait. Il m’a répondu que j’étais « très drôle ». Onnnnhhhh! Le petit orgueil était blessé…

Quand le soleil semble avoir oublié d’aller se coucher…

Mellerud 22:00 juin 2018Comme j’avais beaucoup trop chaud dans la maison, j’ai passé quelques moments sur le balcon. Ça m’a frappé de voir à quel point la noirceur tarde à venir. J’ai d’ailleurs capturé le moment à deux reprises, afin de pouvoir partager avec vous. L’image de gauche a été capturée à 22 heures, quelques minutes avant la rupture du jeûne, celle-ci ayant lieu au moment où le soleil se couche.

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Puis, sur la photo de droite, on aperçoit le même endroit, tel qu’il apparaissait à 23 heures 30. C’est à peine  plus sombre et il faudra attendre après minuit pour une obscurité nocturne. Et c’est peu avant 3 heures du matin que le soleil se lève à nouveau. C’est très étrange lorsqu’on n’en a pas l’habitude; mais c’est très agréable de profiter d’autant d’heures d’ensoleillement.

 

Prendre le temps de respirer

Aujourd’hui c’est dimanche. Mais je ne me sens pas « dimanche ». J’ai l’impression que depuis quelques mois, ma vie est une succession de jours sans noms. Au premier abord, je me sens découragée de cette réalisation ; mais considérant que les jours de la semaine sont des concepts issus d’une construction humaine, je me réconforte en me disant qu’il s’agit simplement d’une autre invention ayant forgé des normes sociales qui ne me parlent pas. Jeudi pourrait se nommer « 健ξiגنwঔåΦ美เħ4مدihఊ9سي文8治មci_bયশק‬» et être le 14e jour d’une semaine de 78 jours que ça ne changerait pas grand chose à ma vie. Bref aujourd’hui c’est dimanche, mais surtout je respire. On dit que c’est bon pour la santé, alors pourquoi pas? D’ailleurs j’ai pris le temps de bien le faire depuis que je suis arrivée.

Respirer un air différent, respirer ce que je ressens, respirer consciemment et respirer complètement. Ma séance de yoga a été longue ce matin. Le matelas de l’appartement suédois ayant vraisemblablement connu de meilleurs jours m’a laissé des fourmis dans  les mains au réveil. Et des fourmis, il y en avait beaucoup ; plus qu’à l’habitude. Et le meilleur moyen pour renvoyer ces foutues fourmis chez elles, c’est le yoga. Et celles et ceux qui connaissent bien le yoga, je crois que vous avez déjà fait le lien avec la respiration. Alors c’est ça, je respire ; j’inspire et j’expire. Iiiiinssspiiiire, eeeeexpiiiiiire.

Après le yoga, la douche, le déjeuner et la vaisselle qui est restée là avant le coucher. À 3h du matin, le ventre bien plein, personne n’avait envie de frotter des chaudrons. C’est ça les joies du ramadan. Surtout qu’ici les heures de jeûne sont très longues. Pour celles et ceux qui ne sont par familiers avec les concepts islamiques, voici un exemple illustrant ce que cela implique : aujourd’hui l’imsak — l’heure du début du jeûne — était à 2h45 et l’iftar — heure où le jeûne est rompu — sera à 22h16. Le jeûne d’aujourd’hui durera donc 19 heures et 29 minutes. On mangera donc à 22h16 ce soir, puis un autre repas — que l’on appelle suhoor — devra être consommé avant le prochain imsak, qui lui sera à 2h44. Voilà pourquoi la vaisselle n’est pas la priorité à 3 heures du matin. Ces longues heures de jeûne qui durent déjà depuis deux semaines ont beaucoup fatigué Abdulaziz, qui a déjà perdu pas mal de poids. Disons qu’il était temps que j’arrive et que je m’assure qu’il se nourrisse adéquatement, malgré la courte période où il mange chaque jour. Pour celles et ceux qui se demandent comment ça se passe pour moi, sachez que je ne peux pas jeûner pour des raisons médicales. De mon côté, je mange donc normalement ; c’est-à-dire que je bois beaucoup d’eau et je mange un fruit au réveil, qu’après le yoga je prends un bon déjeuner et qu’au courant de la journée je me fais normalement deux généreuses collations. Finalement je mange avec mon mari pour iftar, mais pas nécessairement pour suhoor.

Après avoir ainsi débuté ma journée, je prends le temps d’écrire mon billet du jour, en même temps que je fais de la lessive. La machine à laver est si petite que je dois faire une brassée presque chaque jour. Bientôt il sera l’heure d’aller réveiller Abdulaziz qui dort encore ; pendant le ramadan, le mal de tête le cloue au lit une bonne partie de la journée. Ensuite, je tenterai de travailler un peu sur le dernier travail de fin de session qu’il me reste à faire. J’ai jusqu’au 8 juin pour le terminer. Il s’agit d’un compte rendu de lecture critique d’un ouvrage à choisir parmi une liste de suggestions de mon professeur. Le livre avec lequel j’ai décidé de travailler s’intitule Théorie anti-utilitariste de l’action. Il s’agit de la présentation d’une théorie développée par le sociologue Alain Caillé à l’effet que l’action humaine n’est pas motivée par l’intérêt. Il suggère que le réel motif d’une action est la liberté. C’est assez intéressant et très bien expliqué.

Finalement, je vais cuisiner pour iftar. Je ne suis pas encore certaine de ce que je vais préparer pour mon beau-frère et son colocataire ; ça dépend de ce qu’abdelaziz va trouver en solde à l’épicerie. Mon intention est de leur faire découvrir le pâté chinois! En ce qui concerne notre repas, je réchaufferai les restes d’hier. J’avais cuisiné une quantité assez grande pour 3 repas. Ça sera donc, à l’instar du repas d’hier soir, de la soupe aux lentilles, une kabsah au poulet avec une sauce au yogourt, ail et concombres et de la salade.

Voilà donc autour de quoi tourne ma passionnante vie suédoise. Rien de bien spécial me diriez-vous, mais si c’était simplement ça le bonheur?

Respirer… Iiiiinssspiiiire, eeeeexpiiiiiire. ♥

Mon arrivée

Il est midi, mais mon corps pense qu’il est 6h du matin! Je suis debout depuis déjà 3 heures, j’ai fait mon entrainement matinal, j’ai pris ma douche et j’ai déjeuné. J’ai pensé créer ce blog pour que vous puissiez me lire et prendre de mes nouvelles, puisque je me suis retirée de Facebook, il y a déjà un mois.

 

Pour résumer le début de mon aventure suédoise estivale de l’an 2018, partons du point d’origine, c’est-à-dire Montréal. J’ai quitté ma ville le 31 mai. Après avoir passé plus de 24 heures dans une bulle où je me suis concentré uniquement aux préparatifs, laissant du même coup les besoins en sommeil et en nourriture de mon corps se perdre en chemin, j’étais totalement isolée du reste du monde et à fond dans le ménage et les bagages. Conséquemment, j’étais déjà épuisée lorsque j’ai entamé le voyage vers la Suède. Entre mon appartement Montréalais et mon appartement suédois, le voyage a duré 18 heures, dont seulement deux petites heures ont été consacrées au sommeil qui s’est fait plutôt timide.

Je suis donc arrivée dans le village d’Åmål le vendredi 1er juin en après-midi. Abdulaziz, mon mari, s’est bien occupé de rendre mon arrivée aussi agréable que possible. Il a transporté mes bagages lui-même entre l’aéroport en l’appartement, afin que j’évite tout effort physique pouvant dégrader davantage l’état lamentable dans lequel je suis arrivée.    Mon corps était à ce moment très endolori, épuisé et je marchais avec peine. Abdulaziz s’est chargé de me nourrir et d’aller au devant de tout mes besoins, au point où je me suis sentie particulièrement gâtée, prise en charge au-delà de ce que j’ai pensé nécessaire. Bref, mon mari a été merveilleux.

Arrivés à l’appartement, Abdulaziz s’est occupé de tout mettre en place dans l’appartement qu’il avait déjà préparé, afin de m’accueillir aussi confortablement que possible. Puis, nous avons pu vivre pleinement ce moment intense de retrouvailles, après une séparation longue de presque 5 mois, puisque nous ne démontrons pas notre affection publiquement. J’ai aussi enfin pu me rafraichir et dormir, pendant que mon mari est allé faire l’épicerie hebdomadaire, selon la liste que je lui ai fournie. Il m’a ensuite préparé un repas, fait la vaisselle et tout rangé. J’ai dormi très tôt et j’ai pu profiter d’environs douze heures de sommeil réparateur.

Ce matin, je me sens un peu à côté de la plaque, mais j’ai fait ce que j’avais à faire. Comme Abdulaziz reprend le jeûne aujourd’hui, je le laisse dormir jusqu’en après-midi. Je suis donc tranquille, avec tout l’espace dont j’ai besoin pour me reposer. Mes douleurs se sont résorbées grâce au sommeil et aux exercices matinaux. Toutefois, l’engourdissement de mes mains et la raideur de mes doigts sont toujours très intenses aujourd’hui. Je crois que ça se replacera dans les prochains jours. Je prévois faire une sieste en après-midi et ne rien faire d’autre que cuisiner pour iftar (repas où les jeûneurs rompent leur jeûne), qui se tiendra à 22h14. J’ai donc beaucoup de temps devant moi.

Alors voilà, pour les premiers jours de mon aventure. Je tâcherai d’écrire un peu chaque jour pour les 88 prochains jours. N’hésitez pas à commenter ou à publier quelque interrogation que vous pourriez avoir.